Dimanche 14 octobre à 15h30 – La Création artistique en Turquie aujourd’hui

Dimanche 14 octobre 2018, Cité des Arts

15h30 – 17h

Débat public La Création artistique en Turquie aujourd’hui, avec Martin Greve, ethnomusicologue (Orient Institut, Istanbul), Engin Sustam, sociologue (Université Paris 8 – Saint-Denis, Paris), Arnaud Littardi, DRAC Nouvelle-Aquitaine (ancien directeur de l’Institut Français d’Istanbul), débat animé par Talia Bachir Loopuyt, ethnomusicologue (Université de Tours)

Depuis le début des années 2000, la visibilité d’artistes dans le paysage culturel européen s’est considérablement accrue. Les échos parvenant jusqu’en France de diverses scènes artistiques (littérature, théâtre, arts visuels, musique, cinéma) de Turquie ou des réseaux diasporiques mettent notamment en avant les parangons d’une culture urbaine made in Istanbul, à l’image du film Crossing the Bridge du réalisateur turc allemand Fatih Akin. Des événements internationaux tels que la Biennale d’Istanbul, les manifestations consacrant Istanbul comme Capitale culturelle de l’Europe (en 2010) ou la Saison de la Turquie en France donnent aussi à voir un foisonnement de démarches créatrices, articulant non sans paradoxes et tensions la célébration des grandeurs du passé (ottoman, national ou propre à certaines minorités) et la réflexion sur des aspects sensibles de l’histoire ou de la société turque contemporaine. A l’image constituée au début des années 2000 de la « Cool Istanbul » (selon le titre d’une édition du journal Newsweek en 2005) se sont surimposées depuis les dernières années les recensions plus inquiètes de mobilisations sociales sur fond de grands projets urbanistiques, d’attentats et de conflits armés ainsi que d’une fracture sociale et d’une évolution politique parfois présentée comme le symptôme (ou la cause) d’un supposé « déclin » culturel.

Sans nier l’impact des événements récents sur la production artistique turque, ce temps de rencontre vise à dépasser le registre de l’actualité médiatique et d’une perception de la création artistique comme d’une simple surface de réaction à « la politique ». Il s’agira de poser un regard sur une réalité locale complexe faite d’acteurs, de lieux et d’espaces de création pluriels, pour mieux interroger ce que l’on peut en voir et en comprendre (ou ne pas bien en comprendre) depuis la France. Les invités de cet après-midi nous feront découvrir des démarches singulières d’artistes et les manières dont elles éclairent la société turque d’aujourd’hui en questionnant le rapport à des passés glorieux ou sensibles, la relation au religieux et notamment à une islamité en redéfinition, la place des femmes ou encore les relations avec des cultures plurielles en Turquie et dans les pays voisins. Avec les outils des sciences humaines et sociales ou à partir de leur expérience d’opérateur culturel, ils nous aideront à mieux cerner les interactions entre divers acteurs (artistes, instances publiques, sponsors, mécènes, associations et réseaux diasporiques), à décrypter les ressorts de la mise en public de productions artistiques turques sur la scène culturelle globalisée mais aussi à entrevoir certains pans qui demeurent invisibles pour le public non turcophone – du succès populaire de chanteurs ne correspondant pas aux normes de la culture publique occidentale aux démarches d’artistes s’inscrivant dans les sphères de groupes minoritaires ou d’arts « mineurs » en passant par des pratiques sociales et arts traditionnels méconnus, entrant ou non dans des processus de patrimonialisation.

Talia Bachir Loopuyt, Université de Tours