Le festival

Présentation

Ce que la Musique dit du Monde
En langue basque, le mot haize signifie vent, le mot begi signifie regard. Haizebegi signifie donc regard du vent, le vent que l’on entend et qui écoute, le vent qui ignore les frontières et porte témoignage.

Le festival Haizebegi, Musikaren Munduak / Les Mondes de la Musique a été créé en 2014 à Bayonne par une équipe d’étudiants et de passionnés de musique qui, en écoutant à la fois la musique et le témoignage de ceux qui la fabriquent, considèrent que la musique est un outil qui permet de comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Ce festival unique au monde scelle ainsi l’alliance de la musique et des sciences sociales et invite à des concerts, à des conférences, des films, des rencontres, des débats publics, des actions pédagogiques, des ateliers, des stages.

Pour cette cinquième édition, les expériences nous mènent dans le Pays Basque rock des années quatre-vingt grâce au réalisateur Jean-Pierre Vedel, puis nous conduisent à l’écoute des sons de la nature avec Fernand Deroussen et Jerôme Sueur, qui dirige la sonothèque du Museum National d’Histoire Naturelle, elles nous mènent aussi au cœur d’un processus de création artistique inouï dans lequel l’un des plus emblématiques danseurs de Côte d’Ivoire (Jean-Paul Mehansio) rencontre une figure charismatique du oud tunisien (Abderraouf Ouertani) dans un dialogue de la danse et du geste musicien, elles nous permettent d’écouter cette création imaginée par Bernard Combi et Mixel Etxekopar sur des textes de Marcelle Delpastre et Itxaro Borda et qui interroge la fragilité des langues et de nos repères culturels, elles nous font écouter la voix très exceptionnelle de Svetlana Spajic, venue des montagnes de Serbie dans la très belle église des Forges de Tarnos, mais aussi des improvisations poétiques venues du bout du monde où nos meilleurs bertsulari (Amets Arzallus, Jone Uria) dialoguent en vers avec la repentista cubaine Juana Tomasa Quiala et avec la payadora argentine Araceli Argüello sur fond de traductions simultanées à plusieurs niveaux. Ces expériences nous font découvrir les chants d’Anatolie par Eleonore Fourniau, sans doute la meilleure artiste internationale de ce répertoire mal connu et fascinant. Puis nous font vivre ce moment suspendu dans la nuit du cloître de la Cité des Arts quand le pianiste américain Ronnie Lynn Patterson joue Palais de Mari, de Morton Feldman, l’une des dernières œuvres de cette figure du minimalisme contemporain. Dans un concert de clôture très exceptionnel, les ouds de Marc et Thomas Loopuyt accompagnent une performance d’Ebru, cet art du papier marbré inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO, par Zeynep Uysal.Tels sont quelques-uns des moments en partage.

Mais encore, grâce à l’amitié de Pascal Convert et au partenariat avec Artistes & Associés,  nous pourrons rencontrer Daniel Buren autour de la projection de son film À contre-temps, À perte de vue (2018, 6h22) et écouter le dialogue qu’il engage avec Pascal Convert, Côme Mosta-Heirt et Georges Didi-Huberman.

Chacun pourra participer aux stages d’Ebru, de oud, de chant des Balkans, et à la belle aventure du Big Band de Monségur, ce collège de Gironde qui a décidé de faire du jazz un projet d’établissement, écouter l’helléniste Pierre Judet de la Combe, spécialiste d’Homère et traducteur d’Eschyle, disserter de l’avenir des langues, et Martin Greve, venu spécialement de l’Orient Institut d’Istanbul, le sociologue kurde Engin Sustam et Arnaud Littardi, Directeur Régional des Affaires Culturelles de la Nouvelle-Aquitaine, décrire les conditions de la création artistique dans la Turquie d’aujourd’hui.

Lors de la grande fête de clôture du festival, nous pourrons enfin écouter les restitutions des ateliers et la production de l’Orchestre Musiques en Migration qui a travaillé pendant un mois sous la direction de Kristof Hiriart, pour élaborer, grâce à un partenariat entre Haizebegi et Clarenza, Bastide de l’oralité, ce concert du monde avec des migrants échoués à Bayonne et qui entendent partager avec nous cette part d’eux-même qui se dédie à la musique.

De nombreux partenaires sont associés à ce festival. Le soutien apporté par la Ville de Bayonne est déterminant, de même que celui du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Certains partenariats s’affirment à mesure des années: avec le Conservatoire à Rayonnement Régional, avec l’Ecole Supérieure d’Art Pays Basque, avec le Museum d’Histoire Naturelle de Bayonne et la Plaine d’Ansot, mais aussi cette année avec Artistes & Associés. Il nous faut aussi remercier la Ville de Tarnos pour l’aide apportée à la réalisation du concert de Svetlana Spajic, et remercier la Mosquée de Bayonne de nous prêter les tapis que nous allons disposer dans la nef centrale de l’église des Forges pour en aménager l’acoustique.

Enfin, de nombreuses entreprises locales accompagnent notre démarche. Elles entendent bien que le multiculturalisme, que certains brandissent encore comme une menace, est la réalité de nos entreprises et que la musique permet de nouer le dialogue, dans une société basque à fort ancrage culturel et ouverte à l’altérité.

Haizebegi dessine ainsi un temps dans lequel chacun à sa manière cherche à comprendre la façon dont, partout dans le monde, des musiques sont fabriquées par des sociétés humaines: des musiques différentes qui font la richesse de notre diversité culturelle, mais de la musique partout, dans toutes les sociétés humaines, comme un rappel à notre commune humanité.

Denis Laborde, directeur du festival

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